Hongrie et Slovaquie: un conflit larvé

La Hongrie et la Slovaquie sont des pays enclavés d’Europe centrale. Autrefois, de multiples conflits ont eu lieu en raison de nombreux changements politiques et frontaliers. Aujourd’hui, les tensions se sont atténuées grâce à leur entrée dans l’Union européenne puis dans l’espace Schengen. Cependant, les hostilités persistent et les minorités magyars protestent.

Longue de 677km, la frontière entre l’Hongrie et la Slovaquie débutent à l’ouest au tripoint formé par les frontières hongroises slovaques et autrichiennes. Sur près de 150km, le Danube fait office de frontière. Le tracé frontalier s’oriente ensuite vers l’Est, longe la rivière Tisza, et se termine au croisement entre les frontières de la Slovaquie Hongrie et Ukraine. La Hongrie et la Slovaquie ont longtemps eu des différents suite à de nombreux changements frontaliers.

Comment la Hongrie et la Slovaquie, après avoir été divisées par la Première Guerre mondiale, retissent leurs liens ?

Tout d’abord, un petit rappel historique sur les relations entre la Hongrie et la Slovaquie.

Le commencement d’un conflit permanent

Les Slovaques et les Hongrois ont vécu du 10e au 20e siècle dans le même état : L’Empire austro-hongrois. A la fin du 19e siècle, Le royaume de Hongrie mène une politique visant à favoriser la langue hongroise au détriment des autres langues parlées dans le pays, ce qui renforce le mouvement national slovaque.

Après la Première guerre mondiale, la Tchéquie et la Slovaquie (hongroise) s’unissent pour former un seul et même état. Le tracé de la frontière hungaro-tchécoslovaque est alors basé sur le Danube et des lignes de chemins de fer, et les populations possèdent une biculture et une bilingualité importante. Alliée de l’Allemagne, la Hongrie voit la frontière modifiée en sa faveur en 1938 et en 39, en même temps que la Slovaquie devient indépendante et rejoint également l’Axe.

A partir de 1945, après le rétablissement de la frontière de 1920, la Tchécoslovaquie impose des échanges de populations. Les relations avec la Hongrie sont compliquées. La frontière du traité de Trianon est rétablie au traité de paix de Paris en 1947, mais la participation de la République Populaire de Hongrie à l’invasion de la Tchécoslovaquie pour mettre fin au socialisme à visage humain et étouffer le Printemps de Prague n’est pas faite pour améliorer les relations hungaro-slovaques. Dans les années 70’ 80’, des coopérations hungaro-tchécoslovaques et un tourisme de masse permettent d’apaiser les conflits. Le 1er Janvier 1993, grâce à la récupération de droits importants des minorités nationales, les Slovaques et les Tchèques deviennent deux états indépendants.

Le mécontentement de la minorité hongroise

La population slovaque se compose de 5,4 millions d’habitants. Elle comprend 85 % de Slovaques. Avec près de 10 % de la population, les Hongrois forment la première minorité du pays. La plupart vivent près de la frontière hongroise, ainsi que dans la plaine danubienne du sud-ouest de la Slovaquie et à Bratislava. Les enfants hongrois peuvent suivre une partie des cours à l’Ecole dans leur langue.

Cette frontière est donc originale, car de nombreux hongrois vivent à la frontière hungaro-slovaque, mais en Slovaquie.


Actuellement, les magyars s’unissent avant les élections politiques slovaques de 2020. Les représentants politiques de la minorité hongroise veulent : la reconnaissance du magyars comme langue officielle, le rétablissement de la double nationalité, l’autonomie éducative et culturelle ainsi que favoriser les aides pour les minorités et les personnes issues des régions modestes. Ainsi que réformer la police et le parquet ( justice, magistrat…) afin de diminuer la corruption et la transparence électorale maximale… A notre époque, la minorité hongroise, surtout présente dans le Sud, compte pour environ 10 % de la population du pays soit estimée à 5 millions d’habitants.

Une ville au coeur de la frontière

La ville de Komarom-Komarno illustre bien l’amélioration des relations hungaro-slovaques.

Cette ville-frontière a longtemps séparé des populations

Les Villes de Komarno (35 000 habitants) et Komarom (20 000 habitants) se situent de part et d’autre du Danube qui fait office de frontière entre la Slovaquie et la Hongrie. Komarom, dont l’ancien nom est Ujszony était une banlieue de la ville hongroise de Komarno et ce jusqu’à la partition de l’Empire austro-hongrois en 1920 et la création, à cette époque, de la Tchécoslovaquie (aujourd’hui République Tchèque et Slovaquie) et de la Hongrie.

En 2007, suite à l’intégration de la Hongrie et de la Slovaquie dans l’espace Schengen, il redevient possible d’emprunter librement le pont qui sépare les deux pays. La Ville de Komarno accueille toujours une large communauté hongroise (60% de sa population). Cette ville à la population très diversifiée montre bien la complexité des relations hungaro-slovaques. Les habitants de cette ville ont de bonnes relations et entretiennent de nombreux échanges entre le pont Elizabeth.Cette ville était d’abord un point de crispation nationaliste. Les relations entre le premier ministre slovaque Robert Fico, et le chef de l’état hongrois étaient très tendues, remettant en cause le Traité de Trianon.

Au traité de Trianon, le «droit des peuples à disposer d’eux-mêmes» est refusé aux Magyars comme il avait été refusé aux Allemands d’Autriche-Hongrie au traité de St-Germain. Cela a pour conséquence de faire passer 3,3 millions de Hongrois (soit plus de 30 % d’entre eux) sous domination étrangère. C’est un traumatisme historique pour la Hongrie : sa demande de révision du traité est un point essentiel de sa politique étrangère durant l’entre deux guerres et concourt au rapprochement du pays avec l’Allemagne nazie.

Une partie de ces revendications est toujours présente après la dislocation du bloc de l’Est et le gouvernement nationaliste de Viktor Orban prépare déjà une commémoration du traité de Trianon, qu’il souhaite « grandiose et tragique », pour son centième anniversaire en 2020.

Toutefois, ces tensions sont maintenant apaisées, depuis la participation de M.Orban et M.Fico au sein du groupe Visegrad, qui défend les intérêts des ex-pays communistes d’Europe centrale au sein de l’UE et a fait de la lutte contre l’immigration extra-communautaire sa première priorité.


La frontière entre la Hongrie et la Slovaquie est donc complexe, car les relations entre les deux pays sont tendues, suite aux nombreux changements frontaliers historiques mais aussi aux minorités. Cependant, les deux états resserrent leurs liens, comme nous le montre la ville de Komarom-Komarno

Laisser un commentaire

Site Web créé avec WordPress.com.

Retour en haut ↑

Concevoir un site comme celui-ci avec WordPress.com
Commencer