La réunification de la frontière turco-chypriote: un « non » définitif ?

Autrefois, l’île de Chypre, petite île de la Méditerranée, était totalement grecque. Suite à un coup d’État manqué en 1954, les turcs ont colonisé une petite partie de l’île, la partie Nord. Les grecs, peuple originel, ont dû quitter leurs habitations et tout laisser derrière eux au profit des turcs…Depuis, les deux peuples sont en conflit mais les turcs veulent la réunification de l’île au contraire des grecs qui eux, ne veulent pas les intégrer. Ceci pose donc un véritable problème. Depuis 1974 l’île est de fait coupée en deux.

D’après l’article écrit par Antoine Harari (1) une ligne de démarcation, appelée « ligne verte » sépare l’île en deux parties distinctes. En effet, la partie Nord de l’île est majoritairement occupée par une population d’origine turque qui a conquis cette partie de l’île au XIXe siècle alors que la partie Sud, plus riche, elle, est occupée par des grecs, peuple autochtone de l’île. Les turcs possèdent environ 37 % de l’île. Ces deux espaces sont contrastés et n’ont pas le même statut politique puisque, au Sud, la République de Chypre est reconnue internationalement comme membre de l’Union Européenne au contraire de la partie Nord nommée  » République Turque de Chypre du Nord  » qui, elle, ne l’est pas.

Aussi, ces deux parties de l’île n’ont pas du tout le même mode de fonctionnement et connaissent des situations contrastées. Par exemple, nous voyons un premier contraste au niveau religieux. Effectivement, la partie Sud pratique le christianisme orthodoxe alors que la partie Nord pratique l’Islam. Nous voyons donc ici une certaine opposition liée à la religion et aux mœurs des deux peuples. A cette séparation religieuse s’ajoute un décalage dans le temps puisque les habitants du nord de l’île vivent au rythme du calendrier musulman alors que ceux du sud ont adopté le calendrier orthodoxe. Les chypriotes turcs ne vivent pas non plus aux mêmes horaires que les chypriotes grecs puisque ces derniers ont adopté l’heure d’hiver alors que leurs voisins, non.

Néanmoins, malgré cette séparation, il existe tout de même, à la frontière, c’est-à-dire à la ligne verte une sorte de no man’s land neutre dans lequel s’inscrit la capitale de l’île Nicosie. Dans cet espace « tampon », habitants du Sud et habitants de Nord peuvent se réunir à quelques occasions telles que par exemple, le passage à l’heure d’été.

Le contraste entre le Nord et le Sud est très important non seulement sur le plan culturel mais aussi du point de vue économique. Le Sud est très prospère alors que le Nord semble appartenir à un autre continent. Dans la partie turque, le taux de chômage est très élevé et le salaire moyen est quatre fois inférieur à celui de la partie grecque. Ce contraste conduit à une forte émigration de la population du nord.

En réalité, même si les deux parties sont opposées sur de nombreux points, les jeunes turcs d’origine grecque alimentent l’idée d’une réunification de l’île. C’est en tout cas un projet qu’ils aimeraient voir devenir réalité car il y a aussi une distinction à faire dans la partie Nord. En effet, les turcs l’ont envahie et ont colonisé la population grecque en place. De ce fait, nous retrouvons aussi cette démarcation puisque ceux qui avant d’être turcs, étaient grecs n’ont pas réellement la même culture que les autres, ils sont moins religieux et n’ont aussi pas les mêmes idées. Ils veulent revenir à l’île qu’ils avaient connu autrefois, ils se décrivent même comme une  » colonie « , non pas un pays.

D’ailleurs, le plan de l’ONU en 2004 était de réunifier l’île avant son intégration dans l’Union Européenne mais il a été rejeté par 75 % des chypriotes grecs ce qui prouve que ces-derniers ne souhaitent absolument pas être ralliés aux turcs qu’ils considèrent en fait, comme des envahisseurs.

Au niveau de la frontière, même si le passage de celle-ci, depuis 2004, est relativement facile, beaucoup de chypriotes du Nord n’ont jamais pu se rendre au Sud. Pour cause, leurs passeports ne le permettent pas. En effet, à partir du moment où il y a marqué  » turc  » dessus, ils sont considérés comme des envahisseurs par les chypriotes grecs. De plus,de nombreux turcs considèrent que les grecs souhaitent les rejeter de l’île par une politique d’asphyxie économique de la partie nord de l’île notamment en rapatriant les usines dans la partie grecque de l’île ce qui réduit le nombre d’emplois proposés aux chypriotes turcs. La seule échappatoire est donc la migration vers la Turquie afin d’y trouver du travail et pouvoir vivre plus convenablement.


Le côté turc de la barrière qui divise en deux Nicosie, la capitale chypriote.
Le 13 Janvier 2017.
IAKAVOS HATZISTAVROU/APF

Le gouvernement chypriote comporte des ministres issus des deux populations de l’île. Les tensions y sont vives… Ainsi le ministre des affaires étrangères, Tahsin Ertugruloglu, considéré comme un « extrémiste », se revendique uniquement turc. Pour lui, les « chypriotes grecs n’existent pas » et il affirme que personne ne veut la réunification de l’île. Il est donc extrêmement conservateur et pose un problème pour ceux qui souhaiteraient cette réunification. Pour ce ministre, la situation économique au Nord de l’île est florissante et tout va pour le mieux alors qu’en réalité, c’est tout le contraire…

D’ailleurs, ce manque de moyen et cette crise économique bien présente dans le nord de l’île, pèsent aussi sur les étudiants. Ils sont 70 000 sur une population d’environ 400 000 habitants et ne disposent pas d’infrastructures universitaires dignes de ce nom à l’inverse de lieux d’instruction et de recherche du sud de l’île.

Pour résumer tout cela, nous pouvons dire que la partie nord de Chypre et la partie sud de l’île sont des espaces très contrastés aussi bien au niveau religieux et social qu’au niveau économique et éducatif.

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