L’extrême-droite, les médias et l’oiseau bleu

Ryan Hewett, On The Wings Of a Prayer, 2018

« Je ne connais pas son parcours de vie à cette dame, qu’est-ce qu’elle a fait pour se retrouver au SMIC, est-ce qu’elle a bien travaillé à l’école ? Est-ce qu’elle a suivi des études ? Si on est au SMIC faut peut-être pas divorcer non plus dans ces cas-là. »

Ces propos vous ont-ils choqué ? C’est normal et c’est même fait exprès.

De simples tweets peuvent cacher de véritables stratégies politiques : diriger une campagne, lancer des hostilités à ses ennemis ou encore se créer une image en vue d’élections.

Dans cet objectif de manipulation, plusieurs techniques sont utilisées par les différents partis politiques. Le Rassemblement National en est le principal adepte, d’autant plus que c’est le premier parti politique a avoir un site internet : ils deviennent alors de véritables experts en communication politique, même si souvent moquée.

Alors, une tendance nouvelle se fait. Des propos qui semblent aberrants sont répandus pour qu’ensuite, d’autres propos du parti paraissent en comparaison plus modérés.

Théorisée par Overton, politologue américain, « la fenêtre de discours » représente l’ensemble des idées considérées comme politiquement correctes. Lorsqu’on dépasse cette fenêtre à son maximum, les propos deviennent « impensables » et « radicaux ».

Un exemple récent est celui de la chroniqueuse Julie Graziani qui avait fait scandale en novembre 2019 pour avoir critiqué la situation d’une jeune mère célibataire : « Moi aussi j’ai 4 enfants, je suis obligée de travailler. Scoop ! Bienvenue dans le réel. »

À cette notion d’Overton est très associée la stratégie de la diversion : détourner l’attention du public de problèmes importants grâce à un flux continuel d’informations insignifiantes. C’est une méthode utilisée par notamment BFM TV qui préfère relater des problèmes de sociétés surexploités plutôt que d’enjeux socio-politiques plus importants. Ainsi, ils peuvent créer des polémiques qui n’ont pas lieu d’être, comme la question des femmes voilées qui est débattue encore et encore par la chaîne. Problématique qui est relayée ensuite en masse sur les réseaux sociaux.

Pour avoir une plus grande visibilité, les politiques n’hésitent pas à faire appel à des marques comme AchatsFans qui permettent de booster les likes des publications et donc gagner en visibilité ; phénomène critiqué par Antonio Casilli : « « Des dizaines ou des centaines de personnes cliquent à longueur de journée sur des contenus […] pour les partager […] ils font le travail des petites mains d’internet. » C’est ainsi que des faux comptes de fans sont aussi crées pour soutenir les membres de son parti politique ou se défendre et critiquer ceux des partis opposés. Dans cet espoir de gagner en légitimité, les chiffres sont grossis. C’est le cas lors de la Manif pour tous de février 2014, 500 000 personnes ont été évoquées mais seul 80 000 manifestants étaient présents.

Screenshot d’une vidéo de la chaîne YouTube de Florian Philippot

Mais ces campagnes de manipulation sont parfois déplorables…

Exploitant la stratégie de l’émotion pour sa campagne présidentielle, Florian Phillipot espérait toucher une cible plus jeune en se créant une chaîne Youtube, truffée de références de « millenials ». Que ce soit dans son décor, où l’on retrouve Super Mario et comme l’image d’Issou sous sa tasse (vide), meme très populaire sur le forum 18-25, ou dans son langage amical envers ses spectateurs. Cependant, sa stratégie n’a pas réellement produit l’effet attendu : les internautes se sont immédiatement moqués de ses mimiques pas très subtiles…

Quitte à utiliser des stratégies politiques, autant bien connaître son auditoire.

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